Le Football Club Bassin d'Arcachon
L'interview de Michel Fadeuilhe, FCBA
On ne le présente plus, il est la mémoire vive du club. Certains sont passés lui est resté. Il a connu tous les postes, de secrétaire à président et malgré qu’il ait annoncé son départ définitif, on peut encore compter sur lui.
Bonjour Michel Fadeuilhe, on pourrait dire que tu es le gardien de l’histoire du foot à Arcachon, on pourrait même penser que c’est toi qui l’as créé !!
Là ce n’est pas sympa, ça commence mal (rire), le club à 100 ans !!. Oui ça fait longtemps que j’y suis mais il ne faut pas exagérer, remarque, si j’avais 100 ans je serais pas mal conservé.
Revenons sur ces 100 ans. Comment démarre l’aventure du foot à Arcachon ?
La première apparition remonte vers 1908-1909, époque à laquelle le foot se pratiquait en sauvage, sans existence légale, on les appelait les jeunes d’Arcachon. Le vrai premier club qui adhérera à la FFF date de 1920, le 18 mai pour être précis, et le nom est bien connu puisque c’est le SAA (Sport Athlétique Arcachonnais). Ce nom restera pour le club de rugby plus tard.
Le SAA réunissait tous les licenciés d’Arcachon ?
Ah non, ça aurait été trop facile. Il y a eu plusieurs noms parce qu’il y avait plusieurs clubs. Il y a eu du foot à Notre Dame par exemple, Le sporting Club d’Arcachon, club très éphémère,
Les Enfants d’Arcachon et ensuite le Sport Athlétique Arcachonnais. A l’aiguillon, un club s’est créé, Les Petits Gabiers* (petit mousse, petit matelot, ce nom vient de la marine)
On est toujours dans les années 20 ?
En tout cas avant les années 1940 puisqu'à ce moment-là se crée à l’Aiguillon les JSF, une équipe de foot faisant partie du patronage du quartier. Après la guerre deux clubs subsisteront, le SAA et les FSF qui fusionneront en 1971 pour donner naissance à la JSA.
Tiens, la JSA ça me parle !!
Bien sûr, tu as fait partie de l’épopée JSA, mais pas en 1971 car tu venais juste de naître…
La JSA est devenue le FCA (football club d’Arcachon). En 2005 la fusion avec le club de Gujan-Mestras donne naissance au FCBASS, et pour finir avec les dates, en 2014 le FCBA est créé avec le club de la Teste qui rejoint l’entente Arcachon Gujan-Mestras.
Quels sont les grands noms qui auront marqué le foot à travers toutes ces années ?
Des figures. La première, on va dire LAMOURELLE, entraîneur des JSF car à cette époque pas besoin de diplôme. En tant que bon joueur il était apprécié de tous, bon, seul bémol, tout allait bien sauf quand les sardiniers rentraient au port, il quittait le terrain et là plus rien ne comptait (rire)… C’est ce qui faisait tout son charme.

A cette époque, dans les années 1950 /60, le trio magique, Bacquey,Tricoche, instituteur à ses heures perdues et secrétaire, le président, le docteur Masrevery et moi tout jeune qui arrive dans cette équipe. Il y a eu évidemment Jean Brousse. Il aura marqué le club par sa passion, sa jovialité et sa convivialité. Il a été éducateur à l’école de football, entraîneur de l’équipe fanion et président. Je me souviens de ses paris fous en tant qu’entraîneur, une fois il avait dit « si on monte je plonge de la jetée ».
Il avait dû oublier que la fin du championnat pouvait avoir lieu aux alentours du mois d’avril et que l’eau n’était pas toute chaude, mais il ne s’est pas dégonflé et il l’a fait.
Si on devait retenir un nom, un seul, je sais que ça va être dur mais il faut se mouiller !!
Merci pour la question, je vais me faire des amis après ça… allez, je serai tenté de dire André Guesdon. Il vient de nous quitter mais il aura marqué l’histoire du club, même s'il n'est resté qu'un an. Un rapport qualité/prix exceptionnel car il passait tout son temps sur les terrains, de l’école de football jusqu'aux seniors car il était entraîneur joueur. Bien sûr avec un homme de cette trempe et sa carte de visite (finaliste d’une coupe d'Europe), l’équipe est montée à l’étage supérieur. Il était très attachant, d’une grande simplicité malgré son parcours ...
BAG : Je me rappelle, il s’occupait de l’école de foot et malgré mon jeune âge je me souviens de lui.

Ah tu vois, mais si j’avais droit à un deuxième nom, et là c’est un choix très très perso puisque j’étais président, je dirais Jean-Pierre l’Eglise, un homme simple qui avait su fédérer tous les joueurs autour de son objectif, il nous a fait monter. Il a quitté ses fonctions pour s’occuper de ses parents. Je crois qu’il n’est jamais revenu à la tête d’une équipe, en tout cas, il avait une véritable aura.
Le club, tout au long de sa vie a accueilli des grands noms du foot, on peut faire la liste ?
André Guesdon, on en a parlé, Serge Barientos, Christophe Ichas, Jérôme Moulinier, Marvin Esor qui ont été joueurs professionnels, et bien entendu les plus célèbres Jean Pierre Papin et dernièrement Steeve Savidan, mais on a eu aussi des joueurs en devenir, comme Lamine Diatta qui après une saison à Arcachon est parti pro je crois à Toulouse et a joué la coupe du monde avec le Cameroun.
Bon je sais, ça ne va pas te rajeunir, toi tu es arrivé en 1964, ça fait une sacrée petite paille, qu’est-ce que tu trouves qui a changé ?
L’argent a modifié le comportement des joueurs. C’est sans aucun doute le manque de contact avec les joueurs, les après matchs, il n’y a plus de sorties comme cela se faisait, du coup l’ambiance est moins festive et plus individualiste. Les joueurs sont devenus des consommateurs, le maillot ne compte plus. Aujourd’hui on est là et demain on peut repartir. Il y a toujours l’exception qui confirme la règle, je pense que Gautier Mesplé-Duffour est un bon exemple, pour qui l’amour du maillot compte. Il est passé par l’école de football pour continuer joueur emblématique du club, il a gagné la coupe fouchy (coupe aquitaine des jeunes) puis a participé au championnat national des 15 ans.
Il a joué plus de 15 ans en équipe première et a fait partie de l’aventure Papin, la seule fois où on a gagné la coupe d’Aquitaine. Aujourd’hui, en toute logique, il est l’entraineur adjoint de la première.
Je sais que c’est moche, tu vas devoir te plonger dans les moments sombres du club, quel est ton pire souvenir ?
La mort de Michel Teychon, le gardien de l’équipe fanion, victime d’un accident de la circulation alors qu'il regagnait son domicile après un match à Arcachon. Cela a provoqué un traumatisme dans tout le club car c’était un joueur attachant et apprécié de tous.
Bon allez là un souvenir plus joyeux, ton meilleur souvenir ?
Chaque fois, ce sont les montées. La plus belle pour moi, celle où j’étais président avec Jean Pierre l’Eglise, une saison qui se passe sans encombre, en osmose avec le staff, avec les joueurs, et en prime on monte, sans bavure. Bref, la saison idéale, la saison 2013.
Depuis, le constat est simple, on n’arrive pas à passer un cap, la N3, et quand on y accède c’est pour faire l’ascenseur. D’après toi, qu’est ce qui manquerait au club ?
La Palice dirait un budget plus étoffé. Pour stabiliser les joueurs, il faudrait pouvoir offrir des emplois et ça aujourd'hui c'est compliqué. D’abord parce qu'il y a une catégorie de jeunes qui arrivent sur le marché du travail sans aucune qualification, et d’autres qui ne sont que de passage, dans l’espoir de se relancer et de faire carrière dans le foot, il faut le salaire mais pas travailler. Le deuxième point, je ne sais pas si c’est exact, mais j’ai tendance à dire qu’on fait de la formation à fond perdu car nous sommes dans un cul de sac sans beaucoup de perspectives pour l’avenir de nos jeunes. Regarde le prix des logements, dès qu’ils démarrent des études certains de nos bons joueurs doivent nous quitter, ce qui nous oblige à recruter des joueurs extérieurs pour maintenir l’équipe.
Donc tu n’as pas de baguette magique pour trouver la solution.
Malheureusement non, mais il y a quand même un point positif. Depuis peu, une cellule partenariat a vu le jour, menée par un joueur du club, afin de proposer des actions concrètes. C'est un dossier pour lequel il faut s’accrocher car nous passons après les deux clubs de rugby du sud bassin qui attirent davantage de partenaires potentiels. Nous essayons donc de développer ce secteur et nous venons de faire confiance à un jeune en contrat d’apprentissage pour dynamiser ce projet.
Bon, on vient de faire le tour des 100 dernières années ou presque, on souffle les bougies quand ?
C’était prévu cette année mais, avec la crise sanitaire, nous avons dû reporter l’anniversaire du club. Je donne rendez-vous à tous les anciens, les amoureux du foot, l’année prochaine, les 22 et 23 mai, pour le week-end du centenaire et un an…tout se passera autour du ballon rond avec un tournoi de l’école de foot, mais juste entre nous, un tournoi avec les vétérans, c’est là que tu auras ta place (rire), et en fin d' après-midi, un match entre deux générations dont l' une a gagné la coupe Fouchy, suivi d'une soirée grillade bodega au stade Jean Brousse et ouverte à tous...Le dimanche, un tournoi des partenaires suivi d’un match de la première contre une sélection du bassin. Ce week-end anniversaire se terminera le soir au tir au vol autour d’un bon repas bien mérité. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler.
Merci Michel tu m’as fait revivre une partie de mon enfance et j’ai appris plein de choses. Je te laisse les mots de la fin.
Un seul mot : MERCI. Merci à tous ceux qui tout au long de ces 100 ans ont fait ce que le club est aujourd’hui, joueurs, entraineurs et surtout tous les bénévoles, on en parle peu de toutes ces personnes qui œuvrent dans l’ombre. Merci aux collectivités locales sans qui rien ne pourrait se faire, les 3 communes et la Cobas, un grand, grand merci aux partenaires qui nous soutiennent contre vents et marées et merci Jean-luc pour ce petit moment qui m’a permis de revivre quelques anecdotes.