Sébastien Poncin Cani-School éducateur Canin, une passion avant tout

BAG : Bonjour Sébastien, peux-tu nous dire quelques mots en guise de présentation ?
Sébastien Poncin : J’ai grandi dans les Yvelines, j’ai pratiqué le basket à haut niveau au club de Versailles le Chesnay, en National 2. En parallèle j’ai fait des études, une licence de physique, tout en pensant que ma voie était toute tracée dans le sport…Mais patatras, je me suis blessé bêtement, j’avais 20 ans et je n’ai jamais pu revenir à mon meilleur niveau….
Je suis devenu entraineur mais ce n’était plus pareil et surtout j’avais besoin de bosser. Me voilà parti dans le monde du travail, chez Castorama, comme conseiller de vente. Je grimpe les échelons et décide de changer, pour évoluer, vers des négociants spécialisés. Mais en 2004, à la naissance de mon fils, je suis obligé de m’arrêter de bosser pour m’occuper de lui.
On dit que les expériences forment le caractère et bien peut-être que c’est vrai au final. C’est à ce moment-là que je décide de quitter Paris pour vivre dans un cadre plus sympathique. Grâce à l’ouverture du magasin Leroy Merlin à Gradigan, dans lequel je deviens responsable du rayon sanitaire, je pose mes valises dans le sud-ouest.
BAG : Comment on passe de responsable de rayon chez Leroy Merlin au monde de l’éducation pour chien ?
SP : Je crois que ce n’est pas un métier mais une passion. Si je dois remonter loin, je dirais que ma première rencontre s’est faite à même pas 10 ans, et en plus c’est une mésaventure avec un chien qui m’a fait très peur, mais depuis, je suis resté fasciné par les chiens.
BAG : A quel âge ta rencontre avec ton premier chien à toi ?
SP : Mon premier chien, à 21ans, en1995, c’était un doberman, Quincy, parce que tous les ans se déroulait la nationale d’élevage à côté de chez moi pendant 2 jours. Il y avait au moins 500 chiens, tous des Doberman, et c’est vrai qu’à l’époque, un doberman « ça en jetait », donc il était naturel que mon premier chien soit un doberman.
BAG : Rien à voir avec Zeus et Apollon de Higgins dans la série Magnum !!! Je ne suis même pas sûr que les jeunes sachent de quoi on parle (lol) .
SP : (rire) Non rien à voir, mais en tout cas je dois dire que ma vie autour des animaux n’est faite que de rencontres, et souvent de magnifiques rencontres. La mode à l’époque pour ces chiens était d’avoir les oreilles coupées, mais celles de mon chien ne tenaient pas. Je décide de reprendre contact avec l’éleveuse qui m’envoie voir la personne qui s’en était occupé et il s’avère que ce monsieur était aussi dresseur, ancien HA (homme d’attaque) de haut niveau (final en Ring pour les connaisseurs). Il me propose une séance pour tester mon chien au mordant, voilà comment j’ai été piqué à ce nouveau sport. Malheureusement il était trop loin, à 1H30 de chez moi. J’ai donc cherché et rencontré des gens qui font partie d’un club plus proche de chez moi. A cette époque et dans la région parisienne il y avait beaucoup de clubs de ring mais il n’y avait pas toutes ces règles en place aujourd’hui et qui sont des gardes barrières à tout ce qu’on pouvait faire avec n’importe quel chien…
BAG : En fait tu ne quittes pas vraiment le monde du sport et de la compétition ?
SP : Pas faux, mais avec une grosse différence, c’est aussi un sport d’équipe mais je ne savais pas encore comment communiquer avec mon chien, comment obtenir sa côte part du boulot. Le doberman était moyen dans les résultats de cette discipline, ce sont des chiens qui sont compliqués …et c’est justement ça qui m’a attiré. J’ai vite compris que j’allais devoir rentrer dans la tête de mon compagnon et comprendre ce dont il avait besoin pour lui faire faire ce que je lui demandais. C’est ça construire un chien et le faire progresser dans sa confiance en lui et ses capacités de réaliser des choses qui à première vue n’étaient pas forcément acquises.
BAG : Ce sont tes premières vraies expériences avec les chiens.
SP : Oui et le mot expérience prendra tout son sens dans la suite de mon aventure. En fait comme pour beaucoup de choses que je fais, je vais me lancer à 200%. On est dans une association, un groupe de potes, je commence à mettre la toile (le costume pour moins ressentir les crocs du chien lors des exercices de mordant) pour faire mordre les chiens des potes et je vais rencontrer tout un tas de chiens avec bien sûr chacun sa personnalité et c’est à moi de trouver comment je vais les intéresser pour obtenir des résultats et faire gravir les échelons en compétition. Je vais même sauver une chienne staff de l’euthanasie. Il était impératif qu’elle soit replacée, je te promets, elle m’en aura fait baver celle-là, mais à la fin on se comprenait.

BAG : Et du coup c’est quoi le secret pour arriver à ce que le chien nous obéisse ? Tous les lecteurs sont en attente de l’astuce.
(Lol) s’il n’y en avait qu’un ça serait trop facile. Il y a 25 ans, la relation du maître avec son chien était simple, je suis le maitre et tu dois m’obéir. Pas d’éducation positive ou autre, et moi ce n’était pas mon truc le « pim pam poum » et tu m’obéis, cela ne me correspondait pas. Je voulais absolument comprendre l’être vivant que j’avais en face de moi, d’ailleurs que ce soit le chien et encore plus son maître.
Quand j’y pense, c’est un peu grâce à ce retour en arrière que j’arrive à me souvenir de toutes ces belles rencontres, je suis quelqu’un de curieux de nature et je vais donc avoir une approche globale de l’univers du dressage à travers les expos, l’élevage etc… Je me souviens de ce professionnel qui faisait de l’éducation, du dressage et de la sécurité, il m’a appris à observer le chien en groupe, à analyser son regard, ses postures, tous ces paramètres qui sont hyper parlant et qui permettent d’anticiper une situation.
Je vais faire une rencontre hyper déterminante, j’arrive à convaincre mon père de prendre un Berger allemand, seule condition à ça, pas de mordant, il pensait que tous les chiens qui pratiquaient cette discipline étaient des mordeurs en puissance dans la vie. Bref, ce sont de vieilles idées reçues, mais j’ai respecté et c’est chez un éleveur très réputé à ce moment-là au multi final, hyper titré, que je vais chercher le chien. A l’époque, ce monsieur faisait les final de ring en costume blanc, il avait des chiens extraordinaires, je choisis une chienne, Naia.
En retournant voir ce monsieur, il me propose de tester un jeune mâle qui avait à peine 15 jours de confirmation, même lui ne l’avait pas encore fait saillir…et de là va naître ma première portée et surtout je lance la machine de l’élevage.
9 chiots, je garde un mâle, Rudy, qui sera un de mes chiens de cœur, hyper prenant, on ira jusqu’au ring 3 et un sélectif, ce qui était déjà bien.
BAG : Il y a une différence entre l’élevage et l’éducation ?
S.P. : Evidement, travailler l’élevage c’est complètement différent. On se donne un objectif pour tenter d’obtenir une lignée qui nous correspond, en tout cas qui correspond aux qualités naturelles de l’animal. C’est encore une autre rencontre qui me fera découvrir l’univers du berger australien de travail. Je me suis lancé comme à mon habitude à mille à l’heure. Convaincu, je suis même allé chercher des courants de sang dans son pays d’origine, aux Etats-Unis. C’est une prise de risque, un peu de génétique, on associe certaines qualités du père, de la mère et des grands parents pour obtenir le chien qu’on pense quasi parfait.
BAG : Tu te caractérises comment au final. Eleveur, éducateur, comportementaliste, c’est quoi ton métier ?
S.P. : Aujourd’hui je suis un peu tout ça. Je reste au contact de l’élevage, j’éduque mes propres chiens pour tester les méthodes qui peuvent fonctionner, mais je dois avouer que 75% de mon temps est consacré à la REEDUCATION des chiens délinquants et difficiles, je m’intéresse beaucoup à l’environnement du chien et donc c’est à travers la compréhension du fonctionnement du maître qu’on arrive à remettre un chien dans le bon sens de la marche.
BAG : Les chiens délinquants, ça existe ça ?
S.P. : Malheureusement oui de plus en plus. Ce qui crée des disfonctionnements, ce sont les maîtres qui humanisent trop leur chien « Ah le pauvre, il mange que des croquettes, il pourrait avoir un peu d’entrecôte » ou lui donnent accès au canapé, pire au lit. On oublie souvent que c’est un animal et avec tout le respect nécessaire, le laisser à sa place d’animal est lui rendre le plus grand des services. Sinon le chien sort de « sa place » et de manière la plus fréquente, ça se traduit par de la non obéissance, voir de la rébellion qui peut aboutir au fait de mordre et là il devient un chien délinquant. En voulant trop les aimer on ne leur rend pas service.
Bien sûr avec la plupart des chiens ça passe, vous pouvez avoir des chiens pendant 20 ans et aucun souci sauf le jour où…et quand le chien prend le dessus c’est sans appel, la sanction tombe.
C’est un défi quotidien de trouver la solution et remettre ces chiens dans la société. Il est inconcevable dans ma façon de voir mon métier, d’abandonner, de médicaliser voir pire d’euthanasier le chien, pour une erreur de parcours.
Il ne faut pas croire qu’un chien qui fait des bêtises et qui s’en rend compte parce que son maitre est en colère n’est pas lui aussi malheureux. Il ressent bien que son maitre est malheureux. Du coup on a 2 êtres malheureux.
Quand j’ai commencé, je n’ai voulu faire que du chien difficile et compliqué car ça me mettait hors de moi de voir des chiens euthanasiés à cause d’erreurs humaines. Tous, je dis bien tous les chiens peuvent être sensibilisés, par exemple un chien qui a dans ses gènes un côté associable et violent a le droit de ne pas aimer ses congénères mais mon rôle est de lui apprendre à rester correct, pour son bien-être et celui de son maître.
BAG : Ce sont les gens qui viennent directement te voir ?
SP : Ça c’est dans un monde de bisounours. Certains oui se rendent compte de leurs difficultés et tentent de redresser la barre mais à 75% c’est que le chien a fauté. Mais pour la plupart des cas, je travaille beaucoup avec les vétérinaires comportementalistes de la Gironde, là on est au stade au-dessus, c’est qu’il y a eu une plainte.
Quand il y a une plainte, il y a une évaluation comportementaliste, il faut poser un diagnostic sur les capacités du chien à se réinsérer dans le monde des humains et moi j’interviens dans la rééducation de ce chien.
Ce qui est dommage c’est que peu d’éducateurs s’intéressent à ces chiens-là. Les gens qui ont des soucis souvent ont testé plusieurs méthodes et rien n’avance donc ils préfèrent s’arrêter. Il faut comprendre que chaque chien à ses propres difficultés et que l’éducateur doit se remettre sans arrêt en question pour trouver la bonne manière de communiquer et lui montrer le bon chemin.
Souvent quand je rentre dans leur intimité, les gens pleurent, ils sont à bout, la situation est compliquée, ça pourrit leur vie et quand j’arrive je suis leur dernier espoir car ils se sont engagés auprès de leur animal et qu’il est hors de question de l’abandonner.
Tu as quelle formation pour pouvoir faire de l’éducation et même de la rééducation ?
Le premier niveau c’est l’acaced, ensuite il existe des formations via différents centres, qui, entre nous, ne permettent pas de comprendre de suite tous les côtés des chiens et surtout les plus difficiles, mais comme en France il faut cadrer les choses, il existe un diplôme. Je défie tous ces formateurs de me montrer en rééducation au début la manière positive tant à la mode, cela ne fonctionne pas. Moi ce qui m’aide beaucoup ce sont toutes les expériences que j’ai engrangées, les situations difficiles rencontrées et cette envie que j’ai de comprendre le chien plutôt que de le brusquer. Savoir et comprendre pourquoi il a telle ou telle réaction. J’aime à dire que j’applique la méthode adaptée. J’ai aussi appris à me mettre en sécurité face à des situations extrêmes. J’ai une réelle empathie pour le maître, j’essaie de le comprendre et pas de le juger, Il faut créer ou recréer une connexion entre le chien et le maître et mettre en place un langage que le maître puisse comprendre et communiquer avec son animal.
Les animaux, notamment le chien, communiquent avec le corps et sur des postures et des mimiques, alors que nous humains avons avec la parole. Il faut trouver le bon équilibre pour que chacun se comprenne.
Le parallèle avec la société d’aujourd’hui, on choisit un animal de compagnie sans savoir ce qu’on va pouvoir lui apporter et puis l’éducation passe au second plan, on n’a pas le temps. Mais prendre un chien c’est un engagement, chaque chien a des besoins bien propres à lui, à sa race. Depuis un certain temps, on constate des dérives dans l’élevage, même si des cadres ont été mis. Il y a toujours certaines personnes qui n’y connaissent pas grand-chose, qui font des portées pour arrondir leur fin de mois, sans apporter le nécessaire à la bonne sociabilisation du chiot, qu’on sait être prioritaire dans les premières semaines.
Malheureusement cela donne des carences et ces carences on les retrouve une fois adulte, ce qui donne des chiens associables, mordeurs, ou tout simplement difficiles à éduquer et du coup le maitre laisse vite tomber car les résultats sont trop longs à obtenir.
Cette interview touche à sa fin, on aurait pu passer encore beaucoup de temps tant le sujet est passionnant. Comment tu te vois dans 10 ans ?
Effectivement il y a tellement de choses à dire. Dans l’idéal, avec un terrain pour faire un centre d’entrainement, d’éducation et de formation pour les éducateurs, avec des méthodes adaptées. Comme je l’ai dit plus haut, je ne veux pas rentrer dans le clivage méthode positive et traditionnelle, je prends ce qui m’intéresse dans chacune des méthodes et je voudrais donner la possibilité à un chien d’être en harmonie dans sa vie avec son maitre.

SEBASTIEN PONCIN
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